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Je marche sur le chemin ...
1ère partie
31 Mars 2006. Tout est prêt pour l’aventure que j’ai décidé de vivre. Je m’accorde une année sabbatique, une parenthèse. J’abandonne provisoirement ma vie actuelle pour me consacrer à l’écriture. Mon choix s’est arrêté sur un chalet situé dans les Alpes, en dehors d’un village et difficilement accessible.
A l’occasion d’une conversation avec l’un de mes frères, il y a plus d’un an, j’avais appris qu’un de ses copains de lycée, Thomas, guide de randonnée dans le massif Alpin louait des chambres. Il me montra des photos prises lors d’un de ses séjours, dix ans plus tôt. Le coup de foudre ! Le lendemain, je prenais contact avec cet homme afin de lui exposer mon projet. Il s’occupait de préparer mon séjour et moi je confirmais ma demande auprès de de mon entreprise. Ma décision était prise. Mes proches acceptaient ma décision. Ils connaissaient mon désir d’écrire….
Mes valises sont bouclées. Mon taxi m’attend. Direction Gare de Lyon. Dans quelques heures, je change de rythme. Le voyage en TGV m’offre le loisir de me délasser, d’apercevoir les modifications de paysage.
Arrivée à Grenoble, un véhicule tout terrain m’attend. C’est l’ami de mon frère. Il charge mes bagages dans sa voiture et me conduit dans une chambre d’hôte tenue par des amis, à l’entrée d’un village voisin. Je pourrais ainsi me reposer du voyage et profiter pleinement de mon séjour dès le lendemain, en effectuant ma première randonnée. Cela faisait partie de notre accord.
Délestée de mes valises, je garde mon sac de rando et passe une soirée calme au coin du feu, après un repas préparé par mes hôtes.
Le lendemain matin, le propriétaire me conduit sur le lieu de départ de mon périple. Carnet de route et jumelles en poche, je suis prête à découvrir la montagne.
Je marche sur ce chemin montagneux. Le soleil se lève doucement et j’aperçois quelques sommets. J’apprécie la quiétude des lieux, la pureté qui s’en dégage. Le bruit léger d’une cascade attire mon attention. L’eau claire et transparente coule sur les roches usées par l’érosion. Le silence est seulement interrompu par les chants d’oiseaux, les bourdonnements d’insectes, les passages furtifs de quelques petits animaux sauvages et les clarines des vaches sur l’alpage.
Les troncs d’arbres sont marqués de leur nom afin d’informer les randonneurs. Le flêchage de la fédération de randonnée pédestre est complété par un marquage à mon attention.
Je siffle et entend un oiseau répondre en écho. Ce jeu dure quelques minutes. Je m’aperçois que le son est très proche : l’artiste est là, près de moi, petit mais magnifique. Ses plumes orangées et fauves sont toutes gonflées lorsqu’il chante. Je le laisse s’approcher puis s’éloigner sans effectuer le moindre geste.
La nature est belle lorsqu’elle s’éveille le matin ; depuis quelques jours c’est le printemps. Les bourgeons sont là, dans les haies, les arbustes, les arbres. Les fleurs sauvages tapissent les côtés des sentiers et tout cela embaume délicieusement mon parcours matinal.
Les reflets du soleil dans les arbres diffusent une lumière tamisée et douce. Dans quelques heures, l’ombre sera totalement absente du paysage. L’astre solaire inondera de lumière ce sentier, le rendant plus délicat aux randonneurs qui gravitent vers le sommet.
La beauté des lieux me fait oublier que le chemin n’est plus aussi plat. Les flèches ont guidé mes pas vers des sentiers plus escarpés. Mes sens n’en finissent plus d’être titillés. La vision, les odeurs, les sons, le toucher. Je frôle les feuillages et les respire. Les papilles ne seront sollicitées que lors de la pause déjeuner, un repas qui ne sera malheureusement pas dédié aux gourmandises forestières. La saison n’est pas encore assez avancée et mes connaissances pas assez affinées.
Au détour d’un sentier, après quelques longues minutes de marche, une pancarte en bois clouée sur un arbre me signale de tourner sur la droite, de compter cent pas et de poser mon paquetage.
Ce qui surgit est grandiose. Aucune chance que je ne découvre ce panorama du chemin que je suivais jusqu’alors. Je n’ai pas de mot assez fort pour décrire ce paysage. Mes yeux n’oublieront jamais ce qu’ils ont contemplé. Le MONT BLANC. Il était là, distant de quelques kilomètres mais pourtant si proche, si majestueux. Les rayons du soleil, reflétés sur les neiges éternelles, m’éblouissaient.
A quelques mètres de moi, une table et un banc semblaient m’attendre, face à ce décor pittoresque. De nombreux randonneurs avaient dû avant moi, apprécier ce lieu paisible, sublime récompense après tant d’efforts. J’ignore l’heure, mais je suis la position du soleil dans le ciel bleu azur, depuis mon départ Je découvre, posé sur une table, un caillou calant un message. « Attendez- moi là, je viens vous chercher en début d’après-midi, en attendant bon appétit ». Un paquet m’attend dans un buisson : mon pique nique. De l’eau, des fruits, du fromage, du pain, quelques produits du terroir.
Je suis surprise, mais étrangement je ne suis pas inquiète de rester seule, loin de tout. Je suis bien, face à ces chaînes de montagnes si massives, si fières. Des sensations étranges parcourent mon corps, des frissons de bonheur m’envahissent. J’ai envie d’écrire et crains, en baissant les yeux sur mon carnet, d’oublier des détails de ce paysage. Je m’assois, inspire très profondément, aussi loin que cela est possible et puis je souffle pour évacuer les tensions de ces derniers mois. Vient ensuite le moment de se restaurer, sans jamais quitter ce site des yeux. Je profite de tous ces instants tandis que je goûte et me régale de ces mets délicieux.
Quelques oiseaux viennent chanter autour de moi, guettant sans nul doute le moment de mon départ pour grappiller les miettes de pain. Des insectes virevoltent ça et là. Je sors le carnet qui m’a été offert et y inscrit pêle-mêle toutes les sensations ressenties depuis le matin, sans oublier les noms des végétaux, des animaux rencontrés. Je note ensuite les perceptions émotionnelles, physiques vécues depuis mon départ, les impressions dues à mon réveil en ce lieu insolite. Je termine en apothéose par la découverte du panorama offerte en cadeau et dont je n’arrive pas à décrocher mon regard.
Plusieurs heures ont passé et le soleil décline légèrement. Les bruits de la nature ont changé et j’entends au loin, en bas dans la vallée les tintements des cloches des troupeaux ainsi que les carillons d’une chapelle.
Un aboiement me fait sursauter ; il précède la voix d’un homme au pas ferme et assuré. C’est Thomas. Son chien, Vix, me fait la fête.
Sereine et confiante, je le suis et aperçois, après une heure de marche un refuge isolé, toujours face à cette image grandiose. Le lever du soleil sera magique et je sais déjà que mon horloge interne me réveillera au bon moment pour ne rien perdre de ces précieuses minutes.
Je pénètre dans ce chalet en pierres : Du bois surplombe les deux fenêtres et la porte. Un feu crépite dans la cheminée, une cocotte en fonte attend au-dessus du foyer et un fumet délicieux parfume la pièce.
Je visite les lieux. Ce n’est pas très grand, une maison de poupée, juste ce qu’il me faut pour ... pourquoi au fait, pourquoi suis-je là ? Je termine le tour du refuge. Au milieu de la pièce principale, une table ronde en bois massif et deux chaises artistiquement taillées. Des motifs montagnards ornent le centre de la table ainsi que les dossiers des chaises.
Des rideaux à carreaux rouges et blancs encadrent la fenêtre, au dessus de l’évier ; en harmonie avec le linge de table…
Face à la porte, derrière cette petite table, un escalier mène sous le toit à une chambre ou plutôt à une mansarde, abritant un grand lit en bois recouvert d’une épaisse couette blanche.
Le lit est placé près de la fenêtre, permettant ainsi d’observer l’extérieur, couchée, blottie sur l’oreiller. Des rideaux blancs complètent le décor.
Seule la bonne odeur s’échappant du rez-de-chaussée parvient à me faire descendre de la mezzanine. La fatigue est là, mais toutes les émotions sensitives ont aiguisé mon appétit.
Le chemin fut long depuis ce matin et malgré les efforts physiques, je ressens un sentiment de bien être et de sérénité. Totalement isolée, je n’éprouve pourtant aucun sentiment de solitude. Rien ni personne ne me manque à cet instant précis, en ce lieu si fort. Je savoure ce moment tout en dégustant le succulent velouté de potiron. Tout comme ces murs qui m’accueillent, le plat est simple mais chaleureux. Un reblochon m’attend sur une assiette, sur le rebord intérieur de la fenêtre, avec une miche de pain.
Je ferme les yeux et réfléchis à ma vie, aux superflus dont je la saupoudre, aux petits rien que je ne vis pas, faute de temps, de paresse ou par crainte du « qu’en dira-t-on » !
Etrangement, je ne crains pas la présence de Thomas. Je l’ai vu, il y a plus de trente ans lorsqu’il venait chez mes parents voir mon frère. Il avait dix-huit ans, moi onze ! presque un inconnu. Mais la peur ne m’effleure pas. Il rentre dans l’habitat. son chien le suit de près et vient se poser à mes pieds. Depuis notre arrivée, il était resté dehors, couper du bois pour la flambée de ce soir.
Malgré l’épuisement, je veux prendre le temps de lui expliquer plus en détails la raison de ma présence, ici, loin de tout : je puisse réaliser mon rêve : Ecrire.
Coucher sur le papier mes sentiments, mon expérience de la vie, mais également me laisser inspirer par la nature et les éléments qui la composent. J’étais là pour écrire, réfléchir, méditer, respirer profondément, éventuellement me reposer. Je ne pouvais rêver mieux comme environnement
Mon séjour en altitude est prévu jusqu’au premiers flocons. Ensuite, je redescendrais dans la vallée, au village, afin de saisir sur ordinateur toutes mes notes, en vue d’une édition de mes écrits. Je vivrais dans la chambre d’hôte où j’ai passé ma première nuit.
Lui, me propose un programme basé sur la découverte des environs, à pieds, pour débuter mon séjour. Il est là, à ma disposition pour la randonnée et s’occupe de toute l’organisation du refuge, repas compris.
La fatigue se faisant sentir, je décidais de monter me coucher après lui avoir demandé de me réveiller le lendemain matin, juste avant le lever du soleil. Ce qu’il acceptait sans souci. Je me suis ensuite glissée sous la couette et endormie en regardant le ciel constellé d’étoiles.
Demain sera un autre jour, une autre façon de vivre.
Demain, après, dans la vallée, tout sera différent…
2ème partie
La nuit a été réparatrice. Thomas m’appelle, il est cinq heures du matin. Je saute dans mes vêtements, enfile une grosse veste, un bonnet, des gants et je me précipite dehors.
C’est l’heure du lever du soleil, sur les hauts sommets. Le Mont Blanc est encore dans la pénombre, mais les massifs alentours s’éclairent légèrement dans les premiers rayons. Ce sont des sensations si intenses à vivre que l’on ne peut les décrire en même temps. Au cours du petit déjeuner, copieux avant l’effort, je mettrais par écrit « Le lever du soleil sur les sommets ». Plus tard, au retour de la randonnée, je reprendrais mon travail d’écriture.
Une heure s’est écoulée depuis le lever du soleil sur le massif du Mont Blanc. La chaîne se découvre peu à peu. La scène est magique
Thomas et moi préparons le pique nique pour la journée : Huit heures de marche sont au programme et il faut prévoir des aliments énergétiques.
Sept heures : Nous sommes prêts à partir, le sac au dos ; Vix, ne nous quitte pas d’une semelle.
La beauté des lieux me laisse sans voix. J’ai découvert la montagne, depuis peu (en famille, les vacances se déroulaient au bord de la mer).
C’est grandiose. Les facettes de ces beautés terrestres sont sans fin. La lumière du jour n’a pas les mêmes reflets sur les reliefs. Ici, des sapins recouvrent les falaises, là, ce ne sont que des pierres ; là-haut, tout là haut, ce sont des neiges éternelles, tandis qu’en bas, au loin dans la vallée, l’herbe s’étale, verdoyante. A mi-hauteur, les troupeaux broutent dans les alpages, parcourant ainsi des kilomètres, en toute liberté.
J’ai déjà eu l’occasion de découvrir les alpages dans le Vercors. J’ai ressenti ce jour là une sensation de liberté. Après une heure et demie de marche sur un chemin forestier, j’atteignais l’alpage surplombant un immense espace, face au Massif de Belledonne. Les impressions perçues lors de cette journée restent gravées dans mes souvenirs comme un pur bonheur. Le soleil très haut dans le ciel, sous la caresse d’une brise légère, était très agréable. Je ne me souvenais pas avoir éprouvé pareil sentiment par le passé, même sur le plateau de l’Aiguille du Midi.
Je continue ma marche silencieuse sans perdre une parcelle de l’horizon qui s’étend devant moi. Intérieurement, je commence à m’interroger. La nuit s’est magnifiquement bien passée, mais c’est maintenant que je me pose des tas de questions. Je suis là, seule avec Thomas : je réalise que je suis bien, là, sans soutien de mes proches, sans confort, en pleine nature, loin de tout et de tous.
Je me connais et cela me surprend. J’aime être entourée, j’apprécie le confort. Bien sûr, j’aime aussi la tranquillité, une certaine indépendance. . Ce sentiment d’autonomie, je le ressens très violemment depuis quelques mois. Un changement survenu dans ma vie professionnelle m’a comblée et épanouie. D’ailleurs, si je le ressens intérieurement, mon entourage le voit aussi. Cet élan de vie m’avait échappé, malgré moi.
Ainsi, je ne vois plus les journées passer et seule ma conscience familiale me rappelle que passée une certaine heure, je dois rentrer chez moi. Le matin, je suis plutôt pressée, non pas de quitter mes proches, mais de retrouver mon travail.
Ici, mon existence m’apparaît soudain un peu matérielle et futile.
Peut être est-ce pour cette prise de conscience que je me suis offert cette expérience qui amène inévitablement au recul et à la méditation. Réfléchir à ma vie, à l’essentiel et au superflu.
Depuis deux heures déjà, je marche en silence. Thomas me rappelle à la réalité des lieux pour nous accorder une pause bien méritée.
Tout à l’heure, nous repartirons et, hormis les arrêts pour le ravitaillement, la marche est encore longue. Cette perspective ne m’effraie nullement. Le paysage est si magnifique qu’il nous aide à surmonter les terrains accidentés.
Pour l’instant, un bon chocolat chaud accompagné de fruits secs nous fournit des calories pour la suite de la matinée. Thomas tente de m’expliquer où nous nous situons ; ce n’est pas chose facile car je n’ai pas vraiment le sens de l’orientation. Avec un peu d’habitude, je devrais y arriver. Dans quelque jours, je tiendrais la boussole et la carte tout en suivant les consignes de mon compagnon de randonnée.
Autour de nous, des cris d’animaux se font entendre : Thomas m’invite à écouter sans bouger de ma place. Son conseil me récompense bientôt par la présence à dix mètres de moi d’une marmotte. Une boule de poils debout sur ses membres inférieurs se dresse là. Je garde la pose et l’observation réciproque dure quelques longues secondes. Puis elle disparaît aussi rapidement qu’elle n’était arrivée. C’est un moment magnifique ; un couple de chamois court à une centaine de mètres de notre lieu de repos. Au dessus de nous plane un rapace. C’est magique.
Lorsque ce petit monde s’éloigne, nous repartons tranquillement. Contrairement à la première partie de notre périple, nous engageons la marche en parlant. Ce que nous venons de voir est si exceptionnel que nous avons envie de le partager. Thomas est peut être un habitué des lieux, mais il n’a pas toujours la chance rencontrer des animaux lors de ses promenades. Sans lui poser trop de questions, il me raconte les situations auxquelles il a déjà été confronté lors de marches matinales. Certaines ne me plairaient pas, comme la présence de reptiles ou insectes à l’intérieur de sa tente lors de randonnées pratiquées sur plusieurs jours en haute altitude, en d’autres lieux.
Mais ici la nature n’est pas hostile. Oh bien sûr, il faut éviter de se faire piquer par certaines espèces volantes ou rampantes, mais cette précaution vaut partout.
Il est 10 h 30 et le soleil continue son ascension devant nous, fier de nous guider vers notre destination. Le paysage est varié au loin, en bas, en haut ; partout où mon regard me porte. Au plus proche, des arbustes sauvages déversent leurs fruits brillants, mais je suis prudente et Thomas me déconseille de les goûter car nombreux ne sont pas comestibles.
Quelques fleurs magnifiques sont également dangereuses et le simple fait de les toucher et de porter involontairement nos doigts à la bouche ou au visage peut provoquer des allergies.
Trois heures viennent de s’écouler sans que je m’en aperçoive, tant les échanges furent enrichissants. J’ai appris tant de choses sur le monde végétal juste en marchant. Je profiterai de la pause déjeuner pour écrire quelques notes. Thomas désigne du doigt le lieu où nous allons déjeuner, à quelques mètres en contrebas. Un arbre suffisamment haut et touffu nous abritera du soleil.
Ca y est, nous y sommes !!! Nous commençons par nous désaltérer et l’eau fraîche est un délice. Je crois entendre le bruit de chute d’eau. Je lève les yeux et découvre contre le pan de montagne tout proche, un torrent qui se jette dans une rivière en contrebas. Thomas me montre notre chemin sur la carte et il s’avère que nous passerons derrière cette chute d’eau. En attendant ce moment, nous allons nous rassasier d’un mélange frais de poulet, tomates et pâtes. Une part de tomme de vache ainsi qu’une grappe de raisins noirs terminent ce repas champêtre.
Alors que ce matin, je me suis demandée durant quelques minutes si je ne rêvais pas, je sais maintenant que tout est réalité et je me sens bien. Ravie de cette heure de repos, mais heureuse de penser à ce qui m’attend encore cet après midi !
Je m’accorde un petit moment de réflexion avant de repartir. Que se passe-t-il en moi pour que je ne ressente aucun manque ? Le dépaysement géographique n’est pas le seul à engendrer cet état !!! Avais je tant besoin de rupture avec mon environnement pour me retrouver ? pour réfléchir à moi, à nous, au sens de la vie ?
Thomas vient me chercher. Nous repartons mais me conseille de le suivre de près pendant la prochaine demi heure. Le temps de passer le torrent. Ensuite, si je le désire, il marchera devant moi afin que mon esprit vagabonde. Il a tout compris et reste discret.
Nous voilà au lieu de la cascade. Des arbres camouflent le sentier aux randonneurs peu habitués aux lieux. Je donne la main à Thomas afin qu’il guide mes pas et m’évite la douche. Les embruns de la chute sont divins après la chaleur des rayons du soleil, au zénith à cette heure de la journée. Cette petite forêt nous offre un peu de répit. Les premiers arbres croisés avant le torrent dissimulaient une petite forêt ; la montagne ne cesse de me surprendre !!!
Ainsi qu’il me l’avait promis, Thomas me laisse marcher en solitaire, seule avec mes vagabondages.
Je ne me sens pas seule au milieu de ce paysage, pourtant physiquement je le suis.
Aurais-je acquis une certaine sagesse, un état d’esprit serein ? Ou vont mes pensées à cet instant ? Là, maintenant, précisément, je ne le sais pas. Je n’ai pas un visage, un nom qui me vient instantanément. C’est étrange, mais pas inquiétant. Tant de choses se sont passées en quarante-huit heures que mon esprit ne s’est pas encore posé. La sensation est particulière
La randonnée n’est pas finie, il est environ 16 heures – nous allons bientôt nous arrêter- mais nous avons déjà engagé le retour. Dans 2 heures, nous serons au chalet. Thomas montre du doigt un endroit idéal pour se reposer et grignoter avant de rentrer au chalet.
Nous en profitons pour évoquer l’organisation quotidienne des repas. Il n’est pas question de descendre au village tous les jours. Il va falloir adapter les menus en fonction des réserves et des ustensiles existants. Sacrée remise en question pour moi… Mais je sais que Thomas est là pour me guider alors je ne m’inquiète pas !
La pause est terminée, quelques fruits secs, un morceau de fromage, de l’eau et nous repartons d’un pas tranquille vers notre refuge. Vix, notre compagnons à quatre pattes, nous suit d’un pas plutôt alerte (il n’a pas de sac sur le dos). Le chemin du retour se fait dans une ambiance très conviviale, nous parlons de la vie des habitants de la montagne, parfois habitués à vivre dans des lieux reculés comme dans le cas de mon hôte. Les mésaventures dues aux conditions climatiques, les rencontres avec des randonneurs perdus, quelle que soit la saison, le délice d’ouvrir sa porte face à ce grand parc botanique naturel au printemps, et nous voici depuis la porte du chalet.
La fraîcheur qui règne à l’intérieur est très agréable. Les murs de pierre sont un parfait isolant et l’air ambiant nous offre un réconfort bien mérité. Nous commençons par alléger nos pieds de leurs chaussures, certes confortables, mais néanmoins d’un certain poids ; nos orteils retrouvent leur liberté. Puis c’est au tour du sac d’être vidé : les quelques restes de repas, les bouteilles d’eau ainsi que les vêtements prévus pour les changements climatiques imprévisibles en montagne.
Puis récompense suprême après cette journée : se glisser sous la douche. La récréation passée, je m’accorde une pause et m’assoie sur l’herbe, au soleil. Thomas est occupé à l’intérieur et me laisse profiter des rayons de cette fin d’après midi.
Mes pensées sont uniquement bercées par la journée passée, je ne peux m’empêcher de penser à ces paysages. C’est si beau. Je m’allonge face à ce ciel encore bleu, ferme les yeux et m’assoupis paisiblement !
A mon réveil, une heure plus tard Thomas m’invite à passer à table. Tout est prêt. Les odeurs d’aromates chatouillent mes narines et m’ouvrent l’appétit. Je soulève le couvercle et découvre un mets tout simple : des haricots verts, des tomates, des oignons, des fines herbes …
Je me régale de quelques cerises alors que nous essayons d’imaginer les prochains menus pour les jours suivants. Les placards et la réserve « fruits et légumes » sont bien fournis ; à nous de varier les plaisirs. Nous sommes deux dans cette aventure et il semble avoir un grand imaginaire culinaire.. A nous crayons et feuilles de papier ! les idées fusent comme dans un jeu de société : les ingrédients de base, les modes de cuisson. Nous passons une soirée dans une ambiance légère, ponctuées de rires !
La nuit est tombée depuis un moment –seules deux, trois bougies éclairent notre table. Le programme de demain est déjà établi ; Il est temps d ‘aller nous coucher.
3ème partie
Il est 5 h 30. Je me réveille en pleine forme. J’ouvre ma fenêtre sur cette nature en éveil et j’entends les premiers oiseaux me saluer.
Je descends très discrètement et prépare le petit déjeuner, Je chauffe le lait et coupe les tartines. J’ouvre la porte du chalet à Vix qui est venu me « dire bonjour » et cueille quelques fleurs sauvages pour agrémenter notre table.
Thomas sort de sa chambre. Il est stupéfait de découvrir la scène et surtout mon énergie du matin.
Il se réveille doucement, nous déjeunons dans le calme avec en fond sonore les bruits de la nature ; quelques minutes après, nous parlons du programme de la journée.
Aujourd’hui, nous partirons pour une demie-journée. La balade sera courte, mais le panorama sera inoubliable. L’après midi, nous avons prévu de la passer ici tranquillement. Le pique nique prêt, nous enfilons nos chaussures et quittons les lieux. Le soleil pointe à l’horizon mais nous lui tournerons le dos au cours de la première partie de cette marche. Le chemin monte rapidement, mais non accidenté, nous le gravirons sans problème. La cadence est commune dès les premières minutes. Thomas m’a montré le sentier sur la carte à la fin du petit déjeuner et je commence à repérer seule les marquages sur les arbres et les roches. Deux heures de marche par un temps un peu frais, le soleil dans le dos, nous voilà bientôt arrivés au point de « rendez-vous » avec un paysage à couper le souffle comme l’avais promis Thomas. Nous surplombons un torrent qui se jette 100 mètres plus bas dans un massif d’arbres touffus. Le bruit de l’eau est à la fois clair et assourdissant car l’eau qui sort de cette cavité montagneuse coule durant quelques mètres sur une surface que j’oserais qualifier de plane, avant de chuter dans le vide.
Nous profitons des lieux pour faire une pause et nous restaurer légèrement avant de rebrousser chemin. La descente sur fait sur un autre versant, plus accidenté et face au soleil. Le temps de retour sera plus long que celui de la montée. Alors pour me faire oublier le terrain pentu et dégradé par les fontes de neige du printemps, il me désigne diverses empreintes animales : traces de pattes ou excréments. Le trajet sera enrichissant. Cet après midi, c’est promis, Thomas m’aidera à illustrer mon carnet de route des croquis des traces que j’ai pu observer avec lui..
Ce sera également le moment pour débuter mes écrits relatant ces trois premiers jours vécus, en haut sur la montagne, loin de tout. Rien de me manque, la nature semble exister pour moi seule.
Posté le 30/01/2010 | 7 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Pour ou contre le fait de tremper son croissant dans son chocolat (thé ou café)
Quoi de plus agréable que de tremper une viennoiserie dans sa boisson chaude du matin ? Mais uniquement si elle est fraîche et moelleuse et pas dans le thé à cause du mélange » eau miettes » pas génial !
La pâte croustillante se ramollit soudain et fond sur notre langue. Elle glisse doucement dans notre gorge et appelle immédiatement un nouveau morceau jusqu’à ce que notre main n’ait plus rien à offrir à notre bouche gourmande.
Ensuite vient le moment délicieux où l’on absorbe à petites gorgées notre boisson chaude.
Avec du pain frais, notamment de la baguette, c’est déjà un plaisir savoureux dont je me contente aisément car on a de quoi se mettre sous la dent, en quantité. Un croissant c’est frustrant. Trop vite avalé, à peine 3 bouchées et le plaisir est terminé. Tandis que la baguette, longue et fine, nous offre plusieurs minutes de plaisirs sans compter et tant pis s’il n’en reste plus pour le déjeuner ou le dîner !
Posté le 26/01/2010 | 6 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Le Rocher
Atelier Dégustation
Le rocher, posé devant moi, me nargue. Il est là, imposant dans son armure marron, épaisse, gratinée, parsemée de noisettes éclatées. Sa capeline, transparente, lui donne une allure majestueuse. Il trône face à moi, attendant un regard impatient, une main qui s’avance, des doigts qui s’agitent dans sa direction.
Ca y est, j’ai craqué ! Je pose mon style, déshabille le rocher et l’observe. Qu’y a-t-il sous son armure ? Une mousse, une truffe ou quelque substance plus croustillante. Je l’observe, le tourne pour savoir quel côté va fondre sous mes dents. Le croquant me plaît. Chocolat noir sous lequel je crois sentir une infime odeur de menthe. Puis vient le moelleux …
Pause : je mords à pleine dents une seconde fois pour confirmer mes sensations de plaisirs dues au fondant du chocolat mélangé au croquant de l’enveloppe. Et là, je soupire d’aise et m’affale doucement sur le fauteuil. Je fermerais les yeux si je ne devais décrire l’effet que me procure ce petit bijou de gourmandise. Les mots me manquent. Je ne suis pas sûre qu’ils soient justes, mais je ne vais pas abandonner le morceau qui reste au profit d’un dictionnaire de mots chocolatés. Des mains indésirables pourraient le kidnapper et me réclamer une rançon !
La dernière bouchée a fondu dans ma bouche, laissant langue et papilles orphelines. Mes dents recherchent quelques croquants à faire croustiller pour ne pas oublier les sensations vécues. Puis, pour clore cet épisode court mais chaleureux, mes doigts froissent la capeline abandonnée sur la table par la star lors de son effeuillage !
Posté le 26/01/2010 | 6 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Des souvenirs (évolution d'une nouvelle "instant")
1/Sensations du « presque rien »
Un jardin en Touraine, des fruits rouges tenus à leur plan par une petite queue verte en forme de fleurs et ce parfum qui embaument nos mains, chatouillent notre odorat, appellent nos papilles à savourer un deuxième fruit.
Et ce plaisir de déguster immédiatement dans le jardin. Bonheur volé. Nous sommes fin mai. Qu’importe les années. C’était le premier plaisir des récoltes.
L’été, natures ou accompagnées de sucre ou pire, gourmandise extrême de crème chantilly. L’hiver, décongelées et glissées dans une charlotte.
Souvenirs d’enfance encore présents dans mon esprit.
2 / Nouvelle « INSTANT » conditions d’émergence de l’émotion
Valérie a 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans. Selon l’âge, elle ne prend pas toujours plaisir à la cueillette du fruit tant attendu. Certains jours, elle y va par pure gourmandise et là, aucun souci. Elle savoure. Et d’autres, c’est à la demande maternelle, en vue du repas familial. Le plaisir n’est pas le même et difficile de chiper trop de fruits si on veut en faire profiter la tablée.
Plus tard, ce sera différent. Le jardin n’existera plus. Il faudra acheter sur le marché le fruit tant convoité et Valérie n’osera plus en abuser comme par le passé.
3/ Nouvelle « INSTANT» Final
Le jardin s’offrait à mes yeux, telle une malle au trésors, offrant en toutes saisons différents plaisirs salés et sucrés. Mon père passait des heures à entretenir ce potager, ma mère nous en faisait bénéficier été comme hiver, de l’entrée au dessert, du produit frais au stérIlisé, voir au congelé.
Je me souviens de moments privilégiés où je dégustais les fruits directement dans le jardin, mais aussi des jours où c’était la corvée pour les ramasser en vue de confitures et autres préparations nécessitant des quantités abondantes. La joie était différente mais le moment de goûter à ces bonheurs en différé était toujours apprécié. Et ces odeurs de fruits qui embaumaient la cuisine….
Pour les légumes, le plaisir était légèrement différent. La soupe du soir, aussi bonne et naturelle fut-elle ne me laisse pas le même souvenir. Quoique les pommes de terre nouvelles sautées, accompagnées de salade du jardin … Hum, je m’en délectais.
Mais il est un fruit qui m’a toujours attiré dans le jardin. Rouge, aux formes arrondies, à la taille frôlant parfois l’insolence, fondant dans la bouche. Je me souviens encore de la date à laquelle je savourais les primeurs. Le 23 mai, jour de la Saint Didier, mon frère aîné. C’est une date que je n’ai pas oublié.
Désormais, finis les péchés de gourmandises sans scrupule. Le jardin n’est plus là. Il est trop loin pour en bénéficier et trop petit pour satisfaire mes papilles comme avant, au temps de ma jeunesse. Mais le souvenir reste. Et c’est bon d’y penser, de revoir la maison, le jardin, la campagne à perte de vue.
Posté le 16/01/2010 | 8 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
Tours,symbole d'un temps passé
TOURS, SYMBOLE D’UN TEMPS PASSE
Je pénètre dans cette ville comme je me blottirais dans une veste en laine douce et épaisse à la fois.
Tours, c’est 25 ans de ma vie, c’est le berceau de ma jeunesse dont je vois à la première évocation les artères principales, les rues piétonnières, les quartiers historiques et célèbres, les places …
Cette ville a son histoire, mais celle qui me concerne est plus personnelle, riche en anecdotes, en prénoms dont les visages se sont effacés de ma mémoire. La Loire a entraîné cette vie dans ses courants, rejetant à la mer les moments les moins forts et conservant le long de ses digues, le meilleur de ces 25 ans.
La simple évocation de ce nom me donne des fourmis dans les doigts. Je revois toute cette ville que j’ai parcouru avec plaisir et bonheur. Ici, Place de l’Hôtel de Ville, près de la Rue de Bordeaux, le marchand de marrons chauds les samedis d’hiver et les jets d’eau illuminés devant l’ancienne mairie et face au Palais de Justice. Là, le torréfacteur à l’angle de la Rue des Halles. Plus loin, la Place de la Résistance décorée de guirlandes de boules orangées au moment des fêtes de Noël qui donnaient l’illusion de se garer sous les orangers …
Posté le 16/01/2010 | 19 consultations | 0 commentaires | Voir et commenter l'article
